On a beaucoup parlé des effets spéciaux et de la mise en scène de Gravity, j'aimerais de mon côté évoquer l'aspect métaphorique. Comme souvent dans ce genre d'analyse, j'ai bien conscience que certains aspects pourront sembler tirer par les cheveux, d'autres en revanche sont d'une limpidité indubitable. De plus une analyse métaphorique n'est pas toujours parfaitement chronologique, ne vous étonnez donc pas si certains symbôles se retrouvent disséminés dans le désordre parfois. Attention, il faut avoir vu le film pour lire cet article.
Depuis sa sortie, on compare énormément Gravity à 2001. Evidemment, les deux films partagent la même thématique du voyage dans l'Espace traité sous l'angle "réaliste". Mais au delà du thème de l'Espace, c'est avant tout dans les deux cas l'histoire d'une renaissance dont il s'agit. Dans 2001, on évoque la renaissance de l'humanité vers une forme de vie supérieure (je vous laisse chercher les analyses), dans Gravity au contraire tout se passe à l'échelle d'un seul personnage, Ryan.
Le thème de la naissance est présent dans tous les grands mythes et on verra en fait comment le film incorpore des élèments oedipiens, du Boudhisme et de l'Hindhouisme ; Ryan étant à la fois Oedipe et Boudha. Contrairement à ce que j'ai pu lire à droite et à gauche, je ne pense pas que le film est féministe. Certes l'héroïne est une femme - et quelle femme! - mais nous ne sommes pas dans le récit d'un être qui se libère du carcan féminin que lui impose la société pour s'émanciper. En ce sens, Titanic par exemple est selon moi bien plus féministe que Gravity. En revanche, il y a clairement originalité dans l'inversion des genres traditionnellement alloués aux personnages. Ainsi, Ryan est une Oedipe ou Boudha métaphorique ( rôle dévolu traditionnellement à des hommes donc) et l'archétype maternel est présent mais pas forcément là où on l'attend.
Contexte
Ryan travaille dans un hôpital, on se doute qu'elle travaille énormément ; "que faites vous après une garde de 18H00?" lui dit Kowalsky. Elle a perdu sa fille et s'en veut sans doute beaucoup dans cette perte. On en sait peu, mais il semble naturelle que ce soit une femme brisée qui n'a plus grand chose à perdre. Pour moi, elle est déjà morte au début du film, n'est-elle pas dans les cieux se déplaçant tel un ange?
Oedipe et les archétypes parentaux
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| Pluie de spermatozoïdes celestes |
La mère au contraire - et c'est ce que j'ai beaucoup aimé - est en réalité...George Clooney! Il en faut du culot pour faire de cet incarnation de la virilité un symbole maternel, c'est pourtant le cas pour de nombreuses raisons :
- Il parle sans cesse et sa voix berce le film. Il chante des chansons ( berceuses) et raconte des histoires.
- Le fil qui relit les deux protagonistes est le symbole manifeste du cordon ombilical que doit couper Ryan.
- Ils ont les même yeux. (pas bleus mais marrons)
- Au moment où Ryan est en larme, c'est Kowaslsky qui vient miraculeusement la consoler. (même si c'est une vision).
- Le léger flirt entre Kowalsky et Ryan n'est pas une contradiction et s'inscrit au contraire dans l'inceste oedipien.
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| Cordon ombilical |
Ainsi, Ryan est bel est bien un enfant. Il n'y a qu'à voir comment elle crie et est désemparée par la solitude au cours du film. Elle appelle sans cesse à l'aide sa mère métaphorique. Ryan passe ainsi par plusieurs stades au cours du film.
- Foetus. Cette scène est la plus limpide et si mon analyse peut être surfaite par moment, ce plan ne laisse aucun doute quant à l'intention du réalisateur.
- Babillage et pleurs. Dans la cabine, Ryan expériemente la communication, elle n'a pas encore acquis la parole et ne peut s'exprimer tel un chien que par aboiement. Elle sera consolée par l'arrivée de Kowalsky.
- Accouchement : La fin du film est évidemment un accouchement. Ryan s'extirpe du placenta, a sa première bouffée d'oxygène naturel et rampe au sol, d'abord à 4 pattes puis sur ses deux jambes. Elle est enfin un être humain à part entière.
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| Position Foetale |
Notons que la fin du film peut également être vu comme une métaphore sur l'Evolution en général. Ryan sort de son oeuf puis passe de l'état aquatique, amphibie, quadripède et finalement bipède. Le plan insistant sur la grenouille, animal amphibie par excellence est ainsi révélateur.
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| Une grenouille |
Métaphore boudhiste et hindou
L'évocation des deux religions indiennes est moins présente mais plus explicite. Clooney s'exclame à un moment, "je vois le Gange, c'est magnifique". Rappelons que le Gange est le fleuve sacré dans l'hindouisme. Il purifie les croyants et c'est dans le Gange qu'on répand les cendres de la crémation. de plus, alors qu'elle est dans la capsule chinoise, Cuaron nous propose un gros plan sur une statue de Boudha. Ces deux exemples sont bien trop déconnectés du récit pour n'être que le fait du hasard.
En effet, au delà de la métaphore de naissance que j'ai évoquée, c'est d'abord une RE-naissance. Pour accèder à une nouvelle humanité, Ryan doit tel Boudha accepter et etre en paix avec ses souffrances passées (la perte de sa fille) afin de renaître. C'est plus délicat mais je pense que l'incendie dans la station chinoise évoque également la crémation.
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| Boudha, trop gros pour n'être qu'un hasard. |
Conclusion
Comme toute interprétation, celle ci est sujette à caution. Et il faut bien entendu toujours prendre garde à ne pas tomber dans l'excès inverse à savoir la surinterprétation. Néanmoins, la position foetale, la référence au Gange ou le plan sur Boudha me semblent trop bien mis en valeur par la mise en scène de Curaon pour n'être que le fruit du hasard.
Mais alors, faut il s'inquièter si l'on n'a pas vu tout cela? Rassurez vous, pour moi, le film est superbe au premier degré et la caméra de Cuaron nous emporte comme rarement auparavant Contrairement à une vision très française, les métaphores ne sont pas nécessairement faites pour transmettres des "messages". La puissance archétypale permet de nous impliquer d'avantage émotionnellement et ce, d'une manière inconsciente. La multiplication des symboles n'est pas là pour prouver une thèse mais avant tout pour assoir Ryan en héroïne mythologique qui raisonne en chacun de nous.





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