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vendredi 8 novembre 2013

Une analyse métaphorique de Gravity

On a beaucoup parlé des effets spéciaux et de la mise en scène de Gravity, j'aimerais de mon côté évoquer l'aspect métaphorique. Comme souvent dans ce genre d'analyse, j'ai bien conscience que certains aspects pourront sembler tirer par les cheveux, d'autres en revanche sont d'une limpidité indubitable. De plus une analyse métaphorique n'est pas toujours parfaitement chronologique, ne vous étonnez donc pas si certains symbôles se retrouvent disséminés dans le désordre parfois. Attention, il faut avoir vu le film pour lire cet article.

Depuis sa sortie, on compare énormément Gravity à 2001. Evidemment, les deux films partagent la même thématique du voyage dans l'Espace traité sous l'angle "réaliste". Mais au delà du thème de l'Espace, c'est avant tout dans les deux cas l'histoire d'une renaissance dont il s'agit. Dans 2001, on évoque la renaissance de l'humanité vers une forme de vie supérieure (je vous laisse chercher les analyses), dans Gravity au contraire tout se passe à l'échelle d'un seul personnage, Ryan.

Le thème de la naissance est présent dans tous les grands mythes et on verra en fait comment le film incorpore des élèments oedipiens, du Boudhisme et de l'Hindhouisme ; Ryan étant à la fois Oedipe et Boudha. Contrairement à ce que j'ai pu lire à droite et à gauche, je ne pense pas que le film est féministe. Certes l'héroïne est une femme - et quelle femme! - mais nous ne sommes pas dans le récit d'un être qui se libère du carcan féminin que lui impose la société pour s'émanciper. En ce sens, Titanic par exemple est selon moi bien plus féministe que Gravity. En revanche, il y a clairement originalité dans l'inversion des genres traditionnellement alloués aux personnages. Ainsi, Ryan est une Oedipe ou Boudha métaphorique ( rôle dévolu traditionnellement à des hommes donc) et l'archétype maternel est présent mais pas forcément là où on l'attend.

Contexte

Ryan travaille dans un hôpital, on se doute qu'elle travaille énormément ; "que faites vous après une garde de 18H00?" lui dit Kowalsky. Elle a perdu sa fille et s'en veut sans doute beaucoup dans cette perte. On en sait peu, mais il semble naturelle que ce soit une femme brisée qui n'a plus grand chose à perdre. Pour moi, elle est déjà morte au début du film, n'est-elle pas dans les cieux se déplaçant tel un ange?

Oedipe et les archétypes parentaux


Pluie de spermatozoïdes celestes
La métaphore oedipienne est sans doute celle qui nous parle le plus tant elle est râbachée dans nos sociétés. De plus, elle est profondément liée à la partie purement physiologique de la naissance. L'archétype paternel incarne ici autorité, ineluctabilité et violence contre laquelle Ryan doit se rebeller. Vous ne devinez pas? Le père dans Gravity c'est la catastrophe ; ce sont les débris qui fécondent littéralement Ryan. Personnellement, je n'ai pu m'empêcher de voir ces petits débris comme autant de spermatozoïdes. La catastrophe est éminemment pénétratrice et Ryan n'a de cesse de lutter contre ce père au caractère presque divin. En ce sens, elle revêt des aspects de figure christique.
La mère au contraire - et c'est ce que j'ai beaucoup aimé - est en réalité...George Clooney! Il en faut du culot pour faire de cet incarnation de la virilité un symbole maternel, c'est pourtant le cas pour de nombreuses raisons :

  • Il parle sans cesse et sa voix berce le film. Il chante des chansons ( berceuses) et raconte des histoires.
  • Le fil qui relit les deux protagonistes est le symbole manifeste du cordon ombilical que doit couper Ryan.
  • Ils ont les même yeux. (pas bleus mais marrons)
  • Au moment où Ryan est en larme, c'est Kowaslsky qui vient miraculeusement la consoler. (même si c'est une vision).
  • Le léger flirt entre Kowalsky et Ryan n'est pas une contradiction et s'inscrit au contraire dans l'inceste oedipien.
Cordon ombilical
Ainsi, Ryan est bel est bien un enfant. Il n'y a qu'à voir comment elle crie et est désemparée par la solitude au cours du film. Elle appelle sans cesse à l'aide sa mère métaphorique. Ryan passe ainsi par plusieurs stades au cours du film.

  1. Foetus. Cette scène est la plus limpide et si mon analyse peut être surfaite par moment, ce plan ne laisse aucun doute quant à l'intention du réalisateur.
  2. Babillage et pleurs. Dans la cabine, Ryan expériemente la communication, elle n'a pas encore acquis la parole et ne peut s'exprimer tel un chien que par aboiement. Elle sera consolée par l'arrivée de Kowalsky.
  3. Accouchement : La fin du film est évidemment un accouchement. Ryan s'extirpe du placenta, a sa première bouffée d'oxygène naturel et rampe au sol, d'abord à 4 pattes puis sur ses deux jambes. Elle est enfin un être humain à part entière.

Position Foetale
Notons que la fin du film peut également être vu comme une métaphore sur l'Evolution en général. Ryan sort de son oeuf puis passe de l'état aquatique, amphibie, quadripède et finalement bipède. Le plan insistant sur la grenouille, animal amphibie par excellence est ainsi révélateur.


Une grenouille
Métaphore boudhiste et hindou

L'évocation des deux religions indiennes est moins présente mais plus explicite. Clooney s'exclame à un moment,  "je vois le Gange, c'est magnifique". Rappelons que le Gange est le fleuve sacré dans l'hindouisme. Il purifie les croyants et c'est dans le Gange qu'on répand les cendres de la crémation. de plus, alors qu'elle est dans la capsule chinoise, Cuaron nous propose un gros plan sur une statue de Boudha. Ces deux exemples sont bien trop déconnectés du récit pour n'être que le fait du hasard. 
En effet, au delà de la métaphore de naissance que j'ai évoquée, c'est d'abord une RE-naissance. Pour accèder à une nouvelle humanité, Ryan doit tel Boudha accepter et etre en paix avec ses souffrances passées (la perte de sa fille) afin de renaître. C'est plus délicat mais je pense que l'incendie dans la station chinoise évoque également la crémation.

Boudha, trop gros pour n'être qu'un hasard.

Conclusion


Comme toute interprétation, celle ci est sujette à caution. Et il faut bien entendu toujours prendre garde à ne pas tomber dans l'excès inverse à savoir la surinterprétation. Néanmoins, la position foetale, la référence au Gange ou le plan sur Boudha me semblent trop bien mis en valeur par la mise en scène de Curaon pour n'être que le fruit du hasard.
Mais alors, faut il s'inquièter si l'on n'a pas vu tout cela? Rassurez vous, pour moi, le film est superbe au premier degré et la caméra de Cuaron nous emporte comme rarement auparavant  Contrairement à une vision très française, les métaphores ne sont pas nécessairement faites pour transmettres des "messages". La puissance archétypale permet de nous impliquer d'avantage émotionnellement et ce, d'une manière inconsciente. La multiplication des symboles n'est pas là pour prouver une thèse mais avant tout pour assoir Ryan en héroïne mythologique qui raisonne en chacun de nous.




mardi 13 août 2013

Le scénario de Pacific Rim


Pacific Rim est sorti il y a maintenant plus d'un mois et disons le franchement, n'a pas marché aux Etats-Unis. En revanche, le score au box-office mondial est loin d'être négligeable, ce qui en soit est une double bonne nouvelle. La première, c'est qu'il y aura sans doute une suite, et la deuxième c'est que le ton du film restera "mondial" avant d'être ouvertement pro-américain comme tant d'autres blockbusters. Cet article s'adresse à ceux ayant vu le film.


Préambule

J'ai constaté en majorité deux types de réactions face au film. Ceux qui n'ont pas aimé à cause du scénario, et ceux qui ont aimé je cite "malgré le scenario". Ainsi la querelle semble se résumer à ceux qui voient dans le cinéma un "Art majeur et pas un vulgaire divertissement" et les autres pour lesquels le film est trop jouissif et qu'"il ne sert à rien de se prendre la tête". Désolé, mais pour moi, les deux approches sont fondamentalement fausses, car le scénario de Pacific Rim EST excellent.

Mais je dois commencer par redéfinir proprement ce qu'est un scénario. Selon le Larousse c'est un

Document écrit décrivant le film qui sera tourné.
Plus précisément, le scéario est un document écrit (à la différence d'un story board par exemple- décrivant l'enchaînement des séquences d'un film et ses dialogue. Il contient des indications sommaires sur le décor et parfois quelques indications de mise en scène. Pour moi, le scénario est le squelette d'un film, ce qui fait que ce dernier tient droit et ne s'écroule pas. 

Or, beaucoup condondent en réalité scénario et histoire. L'histoire est incluse dans le scénario mais on peut avoir un mauvais scénario et une bonne histoire, tout comme un bon scénario et une histoire banale. Dans le premier cas, je pense à un film comme A Beautiful Mind ( en français, Un Homme d'Exception) de Ron Howard. Si l'histoire de John Nash, mathématicien de génie et shyzophrène ayant vaincu sa maladie est passionnante à suivre dans le contexte de la guerre froide, le scénario est bien trop académique et flirtant avec les bons sentiments pour véritablement en faire un grand film.

A contrario, Les Dents de la Mer possède un scénario extrêmement bien ficelé qui sait ménager l'attente et l'action pour tenir le spectateur parfaitement en haleine malgré une histoire qui tient sur un ticket de métro (un dangereux requin menace une petite plage paisible).

Ainsi, une histoire simple peut avoir un scénario extrêmement travaillé qui vise avant tout l'efficacité narrative.

Bonne histoire/Mauvais scénar et vice versa


Une histoire originale

Mais revenons à nos moutons, on a tendance à l'oublier mais le scénario de Pacific Rim est entièrement orginal. Le scénario doit donc accomplir le tour de force de nous présenter un univers crédible assez rapidement afin de plonger plus en profondeur dans l'histoire.De plus, le film a donc un début, mais aussi une fin. Si j'aimais beaucoup les fins ouvertes il y a quelques années car elles faisaient appel selon moi à l'intelligence du spectateur, force est de constater que ces derniers temps, les fins ouvertes ne sont qu'un appel du pied pour une suite éventuelle. Ainsi, contrairement aux films de Superhéros, le film n'a pas en soutien tout un background mythologique pour facilier l'exposition, c'st essentiellement le rôle de l'introduction.

Je pense que l'introduction du film est certainement l'une des plus brillantes de l'histoire du cinéma. En 12 min top chrono, on nous présente notre monde modifié,  la première attaque de Kaïjus, le désarroi, comment on trouve un moyen de les combattre, le fait qu'ils font partie de la pop-culture, leurs défaites, un héros, le concept de drift, et enfin comment ils reviennent en force pour finalement faire tomber le héros. Cet intro est quasiment un film dans le film et on aurait certainement pu faire un film de deux heures seulement sur cette base. Et je suis également prêt à parier que le public aurait salué cette fin époustouflante où "Waw, mais c'est dingue, le héros tombe à la fin, ON VEUT LA SUITE". Ben non les amis, Guillermo choisit de commencer le film à cet endroit et c'est déjà une prouesse scénaristique. Le petit résumé au dessus si vous êtes amateur est quasiment le pitch d'un film catastrophe lambda (calme, découverte de la menace, riposte, succès, puis fin tragique). 
En réalité, Pacific Rim fonctionne un peu comme un numéro 2 ou 3 d'une trilogie.
 On ne vous dit pas à base de psychologie de supermarché comment des individus lambda vont devenir des héros puisqu'ils le sont déjà. De même la menace est claire et n'a pas non plus besoin d'explication à la mord-moi-le-noeud.

Les personnages

On a beaucoup glosé sur l'aspect caricatural des personnages. En réalité, Pacific Rim n'est pas un film où il y a un seul héros mais au minimum 3. Des mots même de Guillermo del Toro, c'est un film choral.     Ce genre de film est difficile à analyser car contrairement à l'archi-majorité des films actuels, l'identification est multiple. Si une série peut se permettre de décrire un ensemble de personnages avec une vraie finesse et des enjeux pour chacun d'entre eux, la durée d'un long métrage rend cette tâche quasi-impossible sans paraître ridicule. C'est pour cela que les personnages sont archétypaux, car en réalité, l'identification opére avec tous les protagonistes. Je trouve que Pacific Rim ressemble à Babel d'Inarritu. Les deux films sont réalisés par un mexicain et mettent en scène la superbe Rinku Kakuji (Mako). Dans Babel, les histoires de chacun des personnages sont indépendantes mais semblent reliés par un lien invisible. En tant que spectateur, nous sommes amenés à la fin du film à ressentir cette communion d'esprit à l'échelle mondiale et contrairement à Transformers, le but n'est pas de mettre des quotas pour que chacun se retrouve.

Rinko Kikuchi dans Babel d'Inarritu

Dans Pacific Rim, c'est exactement la même chose. Nous sommes en réalité tous les personnages, Mako, c'est la féminité et l'enfance perdue, Raleigh, la perte de l'être cher, Pentecoste, l'autorité. Mais aussi une certaine arrogance et la relation paternelle chez les pilotes néo-zélandais, une intelligence brillante et imbue d'elle même (le geek biologiste) et l'autre autiste (le physicien). Chacun est une partie de notre personnalité!
Le drift et le pilotage de Jaegers est une métaphore du film lui même qui nous fait pénétrer l'esprit de tous les personnages qui ne font plus qu'un!
D'ailleurs, rarement l'identification n'a aussi bien fonctionnée que dans ce film. A la sortie du film, beaucoup avaient envie envie de drifter et de piloter un Jaeger pour buter des Kaijus.

Les multiples influences

Mobile Suit Gundamn/Pacific Rim/ Gozilla (Vulture)

Pacific Rim me fait un peu penser à Matrix dans sa capacité à mélanger des influences variées de la culture geek. Dans les deux cas, il s'est trouvé les même geeks prépubères (avec 15 ans d'écart) pour cracher dessus. "De toute façon ils ont tout pompé sur Evangelion" is the new "De toute façon, ils ont tout pompé sur Ghost in the Shell". Rapellons que Pacific Rim crée un univers crédible avec ses propres règles à partir de rien. 
Il mélange de manière cohérente les films de monstres japonais, les animés de méchas et le cyberpunk dans sa relation homme-machine. 
De plus, et c'est très important, rarement la culture d'origine n'a été autant respecté. Casting international (japonais, américains, néo-zélandais), film basé à Hong Kong, et surtout personnages qui s'expriment en Japonais! à plusieurs moments clés. Pour aller plus loin dans le côté multiculturel et féministe du film, je recommande cet excellent article (en anglais).

Pourquoi Pacific Rim est différent d'autres blockbusters

Vous avez remarqué comment dans des blockbusters récents, le méchant était capturé à peu près au premier tiers du film? Et que c'était en fait "All part of the plan" ( à pronconcer avec la voix du Joker version Ledger)

Le gang des méchants qui se font arrêter exprès."Tout est calculé"

En réalité comme l'a bien expliqué Slate dans l'article suivant, les blockbuster sont de plus en plus formatés selon la recette d'un certain Black Snyder. Alors, on ne va pas se mentir, Pacific Rim obéit aussi à des passages obligés du manuel de Snyder. Mais il arrive à nous surprendre en étant malgré tout assez habile. 

Je l'ai déjà dit : 

  • C'est un film choral, pas avec un seul héros.
  • La structure est intéressante à cause de cette longue intro
  • Le film est multiculturel et pas ouvertement pro-américain


Mais aussi :

  • Si il était prévisible que Pentecoste meurt à la fin, il l'était beaucoup moins que le jeune pilote orgueuilleux aussi. Généralement, c'est le héros qui meurt et le type orgueuilleux qui se repentit lors d'une scène d'enterrement absolument poignante.
  • Il n'y a pas d'histoire d'amour. Bien sur, la relation Mako/Raleigh est très forte mais ce peut très bien être de l'amitié.
  • Les geeks ont un vrai rôle à jouer, prennent part à l'action et ne se content pas d'un moment Eurêka comme dans plein d'autres films. 

Je ne peux pas lutter contre une impression, si le film ne vous a pas captivé et que vous avez trouvé les personnages creux, je n'y peux rien. En revanche, si vous me dites que le scénario est mauvais et hyper cliché, j'espère vous avoir, un peu, convaincu du contraire.

Pour aller plus loin 

Les articles en lien tout au long de l'article.



L'article de Slate du Snyder. A ne pas confondre avec le réal de 300.

Je pense que ma vision est très influencée par Rafik Djoumi, un passionné de ciné assez atypique en France. Si vous ne le connaissez pas, googler son nom, y a vraiment plein de trucs.







mercredi 10 juillet 2013

World Nanar Z

Bon alors, je sors de World War Z avec Brad "le mari d'Angelina Jolie" Pitt et je suis complètement halluciné par le côté nanardesque de la chose. Alors qu'est ce qu'un nanar, ben c'est un film tellement mauvais qu'il finit par être drôle. Je raconte tout le film, la critique s'adresse à ceux l'ayant vu.

Mon dernier gros souvenir en date, c'est peut être Thor, une sorte de remake Hollywoodien des Visiteurs de Jean-Marie Poiré. Alors bien sur, il y en a bien d'autres plus cheap, mais j'avoue que j'ai une certaine tendresse pour les films fauchés. Tandis que lorsqu'il s'agit d'une grosse machinerie Hollywoodienne ça me fout en rogne, un peu.

"Que trépasse si je faiblis!" Thor ou les Visiteur Feat Marvel

Bon alors ça commence par Brad (oui on l'appellera Brad parce que son nom dans le film, c'est Gerry, ce qui me fait plus penser à la ballade contemplative de Gus Van Sant dans le film éponyme) qui prépare des crêpes pour ses enfants. On apprend qu'il a deux filles et qu'il avait un métier vaguement en lien avec l'armée ou l'espionnage, mais on n'en saura pas plus. Le mode d'emploi pour représenter une famille unie dans le cinéma américain :

  1. Ils habitent dans un petit pavillon en banlieue
  2. Ils mangent des pancakes au petit déj.
  3. Ils jouent à devine à quel animal je pense dans la voiture.
Voilà, premier gros problème, on voudrait nous faire croire que Brad Pitt et sa famille représentent la clé de voute sentimental du gars, mais on n'y croît pas une seconde.

Enfin bon, ça continue. Même si c'est mis en scène comme mes pieds, ça se laisse suivre. A un moment, la fille de Brad est quand même sur le point de perdre son doudou, heureusement, il le rattrappe de justesse.

Il reçoit alors l'appel d'un de ses anciens collègues de l'ONU qui lui dit avoir BESOIN de lui. On ne saura jamais pourquoi ni en quoi il est si special. Cela semble juste être une facilité scénaristique évidente, mais ce n'est que le début.

Brad, j'ai besoin de toi
-Pourquoi?
-Pour faire avancer le scénario pardi!
Ils se retrouvent alors après un passage au supermarché dans l'appart d'une famille hispanique dans le New Jersey. A un moment, les zombies les poursuivent dans les escaliers, Brad Pitt leur balance plein d'electroménager dans la gueule. Tous les zombies meurent mais le gamin latino apparaît on ne sait comment. D'ailleurs, j'oubliais, ces parents ont été zombifiés mais lui n'a miraculeusement rien, dans le film, c'est Thomas mais pour moi ce gamin, c'est Jesus.

Si vous vous dites qu'à ce moment, on se fout de votre gueule, ce n'est que le début ( je me répète je sais).

Les humains ont survécu sur des énormes porte-avions car les zombies ne savent pas encore nager, ouf. Brad retrouve son pote africain de l'ONU. Dans le bâteau, on nage en plein clichéland, il y a des militaires très stricts, des diplomates très diplomates, et des scientifiques très geek. L'un d'entre eux, virologue à Harvard ( c'est pour dire qu'il est très intelligent) a peut être la clé pour résoudre l'infection ; ça se passe en Corée du Sud.

Brad accepte alors de repartir en mission "même si j'en ai pas envie mais je le fais pour sauver ma famille". On ferme les yeux sur le côté éminemment sexiste de la chose, la femme et les enfants ne servant qu'à justifier l'héroïsme et le dévouemnt du héros.

En Corée, c'est bien connu, il n'y a que des militaires américains. Et là c'est le pompon, le virologue meurt en trébuchant lorsqu'il sort de l'avion ! Non mais sérieux, c'est la mort la plus stupide que j'ai vue pour un personnage de cet importance. Ils comprennent que les zombies ont une très bonne ouïe. On a alors droit à une scène des plus surréalistes où des marines armés jusqu'aux dents se baladent sous la pluie à vélo!! Malheureusement, Brad Pitt A OUBLIÉ D'ETEINDRE SON PORTABLE! Ca réveille alors les zombies aux alentours...Serait ce un message lancé aux spectateurs, on ne le saura jamais mais dans le genre trouvaille scénaristique foireuse, on a rarement vu pire. S'ensuit une scène complètement hilarante de course poursuite entre des vélos, des zombies, des camions et un avion. Non mais allo quoi, c'est une opération marketing pour le Tour de France??!



Sponsor officiel du film
Bon ils arrivent en Israël, mais pourquoi Israël me direz vous. Ben parce que les juifs sont paranos, s'ils ont construits un mur, c'est pas à cause des arabes, mais des zombies.  J'oubliais le dialogue assez puant sur la mise en parallèle entre attentat de Munich, Solution Finale, Guerre de Kipour et invasion zombies. De là au racisme anti-arabe, il n'y a qu'un pas.

Il prend alors l'avion avec sa nouvelle copine (une soldate Israëlienne) vers Cardiff où se trouve un centre de l'OMS. On continue dans le What The Fuck scenaristique le plus total. Dans l'avion il y a un zombie, il balance alors une grenade pour s'en débarasser. L'avion s'écrase et là 2 miracles (on n'est plus à ça près) :

  1. Le zombie s'est réveillé pile quand ils étaient pas loin de Cardiff, on a du bol les amis
  2. Tout le monde meurt quand l'avion s'écrase sauf nos deux héros.

Dans le centre de l'OMS, Brad doit récupérer des virus pour sauver l'humanité, je vous passe les détails. Il prévient sa copine israélienne de ne pas utiliser son flingue mais comme elle est conne, elle le fait quand même alors que le zombie est à perpet. Ce faisant, elle attire tous les zombies qu'on s'était fait chier à éviter en silence ( un des rares bons moments du films). Brad se retrouve tout seul, devant la dernière porte. MAIS IL N'A PAS LE CODE!!!! Quand je pars chez un pote pour une soirée, je lui demande le code avant de partir de chez moi, faut croire que pas besoin lorsqu'il s'agit de sauver le monde. Heureusement, y a un telephone pas loin et la meuf du bâtiment d'à côté lui donne le précieux sésame. Dernière scène avec zombies complètement risibible où ils se regardent dans le blanc des yeux pendant une plombe...

Bon ça se finit, il retrouve sa famille et tout est bien qui finit bien.

En résumé, film raciste, pro-américain de manière subtile (tout le monde parle anglais, que des américains, même en Corée), sexiste, pro-militaire, bref tous les défauts de la bonne grosse série B ricaine. Sauf que là, ça ne s'assume pas du tout, et ça se prend même plutôt au sérieux dans le genre humaniste. Ajoutons à ça des personnages hyper plats et donc des acteurs qui ne peuvent vraiment s'exprimer, une mise en scène qui fait genre reportage mais rendant l'ensemble complètement illisible et surtout surtout, un scénario parmi les plus indigents qu'il m'ait été donné de voir.

Je pense que le Z de World War Z, c'était pour dire série Z en fait. Dans ce cas, le film porte bien son nom.

PS : Si quelqu'un pouvait aussi m'expliquer pourqui ils attendent systématiquement la nuit avant de partir en vadrouille, je lui serais très reconnaissant.

vendredi 12 avril 2013

La performance capture ou le maquillage parfait.

Cela faisait un petit moment que je voulais m'exprimer sur le sujet, en guise d'introduction, je vous invite à regarder la petite publicité ci-dessous.



Cette publicité pour une marque de chocolat a utilisé comme beaucoup avant elle un personnage issue de la culture populaire, à savoir ici Audrey Hepburn. Mais là où c'est extraordinaire, c'est qu'Audrey Hepburn n'a jamais tourné cette publicité, ce n'est pas non plus un sosie mais une reconstitution du visage de l'actrice en image de synthèse. L'ensemble est si bluffant que les journalistes du Figaro se sont trompés. On y reviendra.


Performance capture, c'est quoi?


Mais avant tout, un petit retour sur la performance capture est nécessaire. Cette technologie est considérée par un petit nombre comme la futur révolution du cinéma. Et parmi eux, Spielberg, Cameron ou Ficher, pas des petits joueurs donc. Beaucoup plus que la 3D par exemple dont qu'on essaie de nous refourguer de force depuis quelques années quand bien même c'est une "innovation" qui remonte à la création du cinéma.
Elle consiste à placer des capteurs sur l'ensemble du corps ET du visage de l'acteur afin de retranscrire non seulement ses mouvement mais aussi sa performance au sens américain du terme, c'est à dire son jeu/son expressivité.


Jamie Bell est Tintin dans le film de Spielberg.
 Remarquez les points sur son visage.

Le premier film réalisé avec cette technologie était le Pôle Express de Robert Zemeckis puis Beowulf du même Zemeckis. Productions très moyennes il faut le dire. Puis est arrivé le film qui l'a enfin révélé au monde : Avatar. On peut critiquer l'aspect trop lisse des Navi's (car la technologie n'est pas encore tout à fait arrivée à maturité), mais il aurait été impossible d'imaginer Avatar sans performance capture. Intégrer des personnages 100% issues de l'animation dans des films à prises de vue réelle est souvent désastreux, il n'y a qu'à voir le Jar Jar Binks de Star Wars, complètement inexpressif. Les meilleurs animateurs peuvent reproduire des détails bluffants, mais le jeu humain est sans conteste le meilleur vecteur possible d'émotion.

Puis il y a eu Tintin, encore une fois, il fallait la performance capture pour recréer cet aspect à la fois cartoon et ultra-expressif des visages. Mais de nouveau, on se retrouvait dans un film de genre, ou d'animation, et la plupart des critiques voyaient alors naturellement la PC devenir un gadget pour productions très particulières. Je suis pour ma part persuadé qu'elle a des utilités insoupçonnés.

Dans la publicité Galaxy du début d'article, les réalisateurs ont d'abord recruté une actrice dont le corps et le visage était proches d'Audrey Hepburn, puis, ils ont reconstitué le visage de l'actrice défunte avec une sorte de maquillage numérique.


Virtualité?


Beaucoup on été choqués par cette publicité, si je peux comprendre qu'utiliser l'image d'idoles du passé décédées à des fins mercantiles puisse déranger, je ne vois aucune objection au fait que l'actrice ne soit pas "réelle". Mais pour cela, un petit retour sur ce qu'est le cinéma s'impose. Lorsque vous voyez un acteur au cinéma, il n'est pas là présent dans la pièce. Il ne s'agit que d'une reproduction chimique projetée sur un écran. Alors certes vous me direz que l'acteur a vraiment joué la scène en question. Depuis l'invention de la couleur, les studios sont habitués à triturer l'image. Saturation, luminosité, filtres, etc...L'image de l'acteur que vous percevez au cinéma n'a déjà plus rien à voir avec celle qui était lors du tournage. Si on ajoute à cela le maquillage, les prothèses et autres accessoires, au cinéma, l'acteur s'efface déjà grandement derrière le rôle. Dans un film comme 300 par exemple, l'image archi-travaillée de Snyder n'a déjà plus rien de "réelle".

Mais si cela ne suffisait pas, je vous propose de regarder ce petit montage sur les effets spéciaux dans Avengers. Vous verrez que les acteurs "réels" sont en en fait souvent des images entièrement crées en image de synthèse.






Qu'en conclure?


Que l'image cinéma EST virtuelle par nature. Que ce soit de la pellicule, des images de synthèse ou de l'animation en 2D, le but n'est pas de chercher le réalisme, mais la sincérité des sentiments. Woody Allen et Spielberg ont exactement les même buts, il y parviennent juste par des moyens différents.

La performance capture est une révolution car elle remet l'acteur au centre du dispositif, et elle abolit les frontières entre cinéma intimiste et super production hollywoodienne. Dans les deux cas, les répétitions et tournage ressemblent d'avantage à du théâtre qu'au processus contre-intuitif d'un film (où l'acteur joue très souvent face caméra, sans partenaires).


Le futur


Je comprends que la performance capture fasse peur. Car potentiellement, elle peut détruire le culte de l'apparence physique qui est la pierre angulaire du star-system depuis au moins un demi-siècle. Dans ce dispositif, un acteur laid pourra incarner un apollon et vice versa! Il sera possible d'incarner des animaux, monstres etc...avec une expressivité que le maquillage seul briderait à coup sur.

Mais allons plus loin puisque le physique n'a plus d'importance. Dans le Seigneur des Anneaux, Elijah Wood incarne un hobbit mais ne pourrait on pas imaginer des acteurs nains comme l'extraordinaire Peter Dinklage jouer James Bond? (cf un excellent article de Slate). Ou encore un Noir jouant un Blanc, ou l'inverse?

J'espère que cette publicité fera prendre conscience aux aigris que seule compte l'émotion, l'empathie, la beauté, et ce peu importe comment elles sont atteintes.




jeudi 20 septembre 2012

Ame et Yuki, les enfants-loup

Je vous invite fortement à ne pas lire ce texte si vous n'avez pas vu le film et à y aller immédiatement. Si vous n'êtes pas sur d'y aller, alors lisez le en espérant que cela puisse vous convaincre.



Alors que Miyazaki et Takahata deviennent vieillissant et que Goro est bien parti pour ne jamais se démarquer de l'ombre de son père en singeant son travail au cours des années...Que Satoshi Kon est malheureusement décédé, ou que Mamoru Oshi et Otomo se font discrets par chez nous (et accessoirement que leur univers cyberpunk est tout de même assez éloigné des premiers cités), on commençait à croire l'âge d'or de l'animation japonaise révolue. C'était sans compter l'arrivée de Mamoru Hosoda, réalisateur entre autres de dessins animés Digimon et qui a aussi travaillé sur Dragon Ball (comme quoi!), Ame et Yuki les enfants-loups est le premier long métrage du studio qu'il vient de créer. Le succés lui permet d'envisager sérieusement de poster au titre de nouveau maître de l'animation japonaise, voire du cinéma tout court.

Si l'on pouvait mesurer la valeur d'un film par la somme de ses qualités, on pourrait parler de la musique, tour à tour minimaliste et imposante. Qui accompagne parfois l'action dans des séquences physiques complètement ébouriffantes.

Du scénario, merveille de délicatesse, où l'argument fantastique n'est pas sur-exploité à coup de dramatisation excessive sur le droit à la différence. Le film m'a fait pensé à Totoro, dans la mesure où il n'y a pas de méchants, pas d'action, juste l'évolution de personnages pendant 13 ans de leur vie. Si Hosoda magnifie ses personnages, il y a une sorte de magie dans sa propension à magnifier l'absence tout autant que la présence. Le personnage du père est véritablement présent dans nos coeurs tout le long du métrage et je ne sais pas comme s'y prend le réalisateur pour cela.  

Peut être par la mise en scène, les nombreux plans où Hana époussette avec délicatesse la commode où est posée la photo de son amour perdu. J'ai rarement été aussi impressionné par la mise en scène dans un dessin animé. Le réalisateur, joue des profondeurs de champs, de la vitesse, des changement de plan pour une même scène ou de l'arrivée ou de la sortie du cadre pour raconter par l'image plutôt que par les mots.

Très peu de critiques parlent des acteurs, je voulais aussi rendre hommage au talent d'Aoi Miyazaki (rien à voir avec le studio Ghibli) qui joue une mère courage comme rarement le cinéma en a connu mais surtout de Momoka Ohno qui incarne une Yuki ahurissante d'énergie et de bonne humeur. Vous êtes prévenus, essayez de voir le film en VO.

Mais au fond, là n'est pas l'essentiel, car si le film fonctionne si bien, c'est d'abord parce que le réalisateur a une infinie tendresse et respect pour ses personnages. Personnages qu'il laisse vivre, qu'il ne brusque pas, tant et si bien que cette famille devient peu à peu la notre. Et au fond, les quelques défaut du métrage que sont peut être une musique un peu envahissante au début et une voix off parfois maladroite deviennent presque nécessaire, dans la mesure où ils évitent à l'ensemble de se transformer en parangon de perfection nécessairement moins attachant. 

Peut être n'ai je pas le recul nécessaire et m'enflamme-je un poil. J'ai également conscience que le ressenti est une notion très particulière qui dépend non seulement de l'objet mais aussi de l'expérimentateur. Mes camarades de séance étaient néanmoins tout comme moi, envoutés à la fin de la projection, et nous avons bien mis dix minutes avant de prononcer nos premiers mots.

Comment définir la qualité d'un film? Le mauvais serait celui où l'on voit les ficelles, nous empêchant de pénétrer le monde offert par la pellicule ; le très bon film est justement celui où la technique s'efface pour parler à l'imaginaire, l'intellect, ou l'émotion du spectateur ; le chef d'oeuvre, c'est les deux. Les films de Kubrick ou de Wong Kar Wai réussissent à nous transporter tout en nous mystifiant sans cesse par leur perfection formelle ou musicale, par l'esthétique de leurs plans et la prouesse de leurs acteurs. Un chef d'oeuvre, c'est comme un baiser, ce moment où le temps semble suspendu et où en même temps, chaque instant est amplifié à l'infini ; on ne l'oublie jamais.




lundi 30 juillet 2012

Un film un peu bat-eau.


Mon avis sur The Dark Knight Rises, il révèle des élèments clés de l'intrigue, mais de toute façon tout le monde a vu le film je crois....

Dans Batman Begins, Nolan avait brillamment réussi à sauver une franchise qu’on pensait maudite à jamais après les horreurs absolues qu’étaient Batman 3 et 4. En recentrant son film sur la figure du chevalier noir et en en faisant l’héritier des ninjas, il recréait une mythologie ancrée dans la réalité. The Dark Knight transformait l’essai avec brio. Heath Ledger  était hallucinant et halluciné dans une interprétation du joker dont on se souviendra longtemps.

Dire que la suite était attendue relève de l’euphémisme. On se souvient que dès la sortie du 2ème opus, les rumeurs avaient couru sur une trilogie. Après un Inception au scénario brillant, véritable chef d’œuvre géométrique à multiplies lectures, Nolan clôt donc l’univers qu’il a créé.

La première qualité louée chez les Nolan Bros est souvent le scénario, que ce soit les labyrinthiques Inception et Memento ou encore les twists à tiroir du prestige ; la qualité de l’intrigue, sa construction et le soin apporté aux personnages est unique à Hollywood. Le scénario de TDKR est avant même d’être le scénario d’un film le scénario de clôture d’une trilogie. En débutant le film par Harvey Dent, en réintroduisant Cillian Murphy en juge absurde échappé de l’asile, puis Ra’s Al Gul et la ligue des ombres, Nolan a créé une trilogie circulaire et non linéaire.

Au delà du scénario, ce que je préfère néanmoins chez lui est la place accordée aux acteurs. En ce sens, je pense qu’il se rapproche d’avantage d’un Michael Mann pour la place accordée qu’il leur accorde. Les films de Nolan ont quelque chose de très théâtral dans la manière qu’ont les dialogues de durer un poil plus que leurs équivalents dans d’autres blockbusters. Il y a aussi cette attention accordée au cadre et à la lumière pour mettre en valeur les lignes de forces entre personnages. Et puis enfin, et ce n’est pas un hasard, ses acteurs récurrents qui au final forment une troupe.

Le réalisateur britannique est également souvent comparé à Spielberg. Essentiellement pour sa propension à retourner le postulat du blockbuster pour en faire un objet personnel. Si Batman Begins était maladroit par instants notamment à cause de son imagerie un poil kitsch, il arrivait par moments à atteindre le statut d’œuvre d’art. Grâce entres autres à un épouvantail dont les séquences troublantes confinaient presque au fantastique. Nolan y projetait ses thèmes de prédilection que sont l’illusion et les réalités mouvantes (qu’on retrouve évidemment dans Inception et le Prestige). Dans Dark Knight, c’est de la folie dont il s’agissait et aussi d’une certaine plongée dans l’horreur en chacun de nous, génial Aaron Eckhart souvent oublié.

Ce que vous ne verrez pas dans TDKR
Rien ou si peu de tout cela dans TDKR, la précision de la mécanique semble l’avoir emportée sur tout. Alors certes, quelques séquences sont marquantes comme le premier combat et la correction que se prend Batman. Bane incarne un superbe méchant, mais n’est rien de moins qu’un mercenaire ultra-fort dont le but échappe un peu. Reformer la ligue des ombres ? Redonner le pouvoir au peuple ? Marion Cotillard a été conspuée par les spectateurs, mais à mon sens si sa révélation en Talia ne fonctionne pas, c’est aussi parce que l’arc narratif qu’elle forme avec Wayne n’est pas crédible. Si on ne peut croire en l’histoire d’amour, le retournement de veste tombe forcément à plat.

Au milieu de tout cela, seul un personnage tire son épingle du jeu ; Catwoman. Anne Hathaway est ultra sexy, drôle, chipie. Si je trouve dommage qu’elle ne soit pas extravagante et une pointe plus sado-maso à la Pfeiffer, ce n’est que par goût personnel. 

Dans le monde si masculin des comics, Nolan a créé une VRAIE héroïne, à savoir pas comme c’est si souvent le cas, soit un fantasme masculin, soit un homme avec des seins. L’alchimie fonctionne belle et bien entre le chat et la chauve-souris et cela atténue forcément l’histoire d’amour Bruce-Miranda. Mais encore une fois, je trouve que Nolan a été un poil trop sage. Si je peux comprendre une certaine paresse dans la relation Miranda-Bruce justifiée par le scénario, le baiser final Batman-Catwoman aurait du être bien plus puissant et chargé d'érotisme, c'est à se demander si Batman n'est pas gay comme le voudrait la légende.

Bien sur devant l’excellence d’un tel produit mes critiques sont nuancées. Bien sur que les scènes de chaos existent mais elles ne marquent pas vraiment, on a juste l’impression de voir quelques riches se faire casser leur miroir. On ne comprend pas bien comment des policiers qui vivent sous terre pendant 3 mois sont toujours aussi propres et aussi bien rasés. Attention, je ne parle pas de réalisme mais d’impressionnisme, une imagerie extrême aurait vraiment accentué l’effondrement de Gotham, il n’est est rien. Une seule scène marque peut être, cette image des policiers du SWAT suspendus au pont. Il est étrange de se dire que l’insécurité est plus palpable dans certaines rues parisiennes que dans ces séquences d’un Gotham isolé. Pourquoi par exemple ne pas avoir révélé ce qu’il y avait derrière le masque de Bane, je me souviens encore de l’effroi provoqué par la chair calcinée d’Harvey Dent…

Je ne m’appesantirai pas non plus sur les scènes d’action, Nolan n’est décidemment pas un esthète du mouvement et si l’ensemble est d’excellente facture, tout cela manque cruellement de vista.

Devant un enjeu phénoménal, il est probable que Nolan ait voulu botter en touche. Si The Dark Knight était un film immense nourrit des obsessions de son auteur (bien que sujet à de nombreux défauts selon moi), TDKR est une meilleure conclusion de trilogie qu’un bon film. Un peu comme dans Le Parrain, c’est l’occasion de dire adieu aux personnages et de transmettre un héritage tout en convoquant les figures marquantes des premiers films. Et l’on se surprend alors à rêver de ce qu’aurait pu être ce film si Heath Ledger était encore là.


En bonus un super blog avec plein de superbes fan-arts. Lien

vendredi 15 juin 2012

Margin Call

Où je parle de l'excellent Margin Call, film sur la chute d'une banque d'investissement au casting prestigieux (Kevin Spacey, Demi Moore, Zachary Quinto et Jeremy Irons...entre autres). L'article ne vous gâchera pas la vision du film, donc si il peut vous convaincre, c'est tant mieux!

Margin Call, en Français, appel de marge. C’est le signal envoyé par le broker au trader dont les pertes potentielles excèdent de trop ses fonds propres. Le titre du film donne le ton, le film n’est pas forcément accessible aux non initiés et la plupart des spectateurs resteront malheureusement sur le carreau. Il y a d’ailleurs eu quelques sortants à la séance à laquelle nous assistions…

C’est bien dommage car on se trouve sans doute face au meilleur film de fiction sur la finance de marché. Il semblait impossible de rendre compte de ce monde d’une incroyable tension et violence sans faire appel aux mythes. Dans Wall Street, c’est de Faust dont il s’agit, le jeune Charlie Sheen conclue un pacte avec l’impitoyable Gordon Gekko. Trader avec Ewan Mc Gregor convoque plutôt Icare, sempiternel schéma d’une ascension trop brutale et rapide pour ne pas aboutir à la chute. Ces films avaient en communs deux points, faire appel à l’image du trader-qui raisonne immédiatement dans l’inconscient collectif- et compenser la sobriété d’un monde fermé par une débauche de mise en scène un brin tape à oeil (mais bon ça reste Oliver Stone !).

De quoi ça parle ? Un jeune analyste en risque découvre que son floor tient des positions beaucoup trop volatiles depuis une quinzaine de jours. En gros, elle a investit dans des actifs toxiques dont il faut se débarrasser au plus vite au risque de faire tomber la banque tout entière. Le film fait le récit d’une nuit, où seront tour à tour convoqués les cadres de la compagnie, jusqu’à un truculent Jeremy Irons, avatar à peine surjoué de Dick Fuld, l’ex PDG de Lehman.

Le film décrit des scénettes à 2-3 personnages. Il ne comporte aucune musique, fait assez rare pour être souligné et faire la part belle aux dialogues et à leurs interprètes. Le casting est prodigieux, mais se veut une mise en abîme du film lui même. Il rassemble à la fois des figures du cinéma un peu has-been (Demi Moore, sexy et tragique à la fois ; Kevin Spacey avec quelques kilos en trop ; Jeremy Irons, ridé) dont la carrière fait écho à celle de leur personnage qui se retrouvent un peu au crépuscule d’un monde. Et de l’autre des acteurs de télévision tel le Mentaliste  de la série éponyme ou Sylar d’Heroes extrêmement prometteurs mais semblant avoir les épaules trop frêles pour la tâche qui leur incombe. D’ailleurs impossible de me souvenir de leurs noms.

Si la mise en scène est discrète, elle n’en est pas moins présente. Les jeux d’ombres et de lumières (très beaux clairs obscurs) mettent en valeur les personnages et rapports de force. C’est aussi l’usage des décors, la voiture de Paul Bettany traverse un pont, édifice public par excellence, lorsqu’il évoque les liens entre la finance et la vraie vie. Une maison en pierre pour les regrets de l’ingénieur, ou encore la tour, véritable château fort, dont chaque étage amène un nouveau boss. Comme dans les jeux vidéos, le bad guy final arrivera par les airs.

J’ai commencé à l’évoquer, mais le film permet ainsi le tour de force d’évoquer la quasi-majorité des problématiques de la finance actuelle. Ces personnes ne sont pas des demi-dieux, juste des hommes. Et aucun d’entre eux, même les plus terre à terre ne peuvent refuser les sommes qu’on leur propose. Non pas par pur ensorcellement tel des conquistadors aveuglés par la lumière de l’or. Non. Ce sont des gens qui ont achetés une très belle maison, qui doivent marier leur fille, payer les études du petit dernier. Et une fois un certain niveau de vie atteint, on ne peut plus faire marche arrière. Même le jeune analyste qui semble le plus sain de tous l’explique : « les équations liés aux variations des actifs sont les même que ceux des trajectoires balistiques, mais sauf votre respect, elles rapportent beaucoup plus ». Ce n’est qu’un des nombreux thèmes incarnés par les personnages. Citons en vrac, l’implication dans le monde réél, la violence des licenciements, l’incompréhension croissante des produits complexe à mesure qu’on avance dans la hiérarchie, le spleen de la virtualité etc… Et pour une fois, les traders ne sont pas mis à l’honneur, ou plutôt ce seront eux les petites fourmis anonymes qui déboucleront les positions risquées, pour le meilleur…ou le pire.

Que dire d’autre (et j’en ai déjà dit beaucoup) si ce n’est, armez vous de courage si vous êtes néophyte, et allez le voir ! Le film peut très bien se regarder en plusieurs fois, en sectionnant chaque dialogue pour le comprendre à fond, bénit soit l’utilisation du chapitrage en DVD.

samedi 26 mai 2012

I love you Jackie

A Cannes cette année, Jackie Chan a déclaré qu'Armour of God 3 serait son dernier long métrage d'action. L'occasion d'un petit hommage. Merci à Xander Michalak (dont vous pouvez découvrir la websérie) pour l'idée.

Citez moi une star mondiale. Vous me direz sans doute Tom Cruise, Brad Pitt, George Clooney, Stallone ou Harrison Ford pour les plus vieux. Pourtant, si il y avait un seul acteur qui attire autant de sympathie en Europe, aux Etats-Unis et qui est vénéré comme un dieu vivant dans tout le continent asiatique, c'est bien Jackie Chan. Il joue bien sur, a créé sa team de cascadeur, produit...pour un film au USA, il en finance plusieurs en Chine. Ainsi, n'en déplaise aux grincheux, il est de part le monde un personnage associé à l'idée même de cinéma.

Pour ma part et comme beaucoup de ma génération, j'ai l'impression de l'avoir toujours connu. Je me rappelle avec nostalgie les soirées sur ces obscures chaines du cable à regarder ces films chinois mal doublés par des comédiens qui s'efforçaient de prendre l'accent le plus caricatural possible. Je ne sais non plus pour quel raison on appelait ça des films de "karaté" alors que ça n'avait juste rien à voir. Mais un enfant ne fait pas attention à tout cela, ce que j'en retiens c'est surtout l'incroyable virtuosité des combats et cascades. Mais au delà de la performance, les films procurent une jouissance presque hypnotique. La rythmique, le travail sur les bruitages et les déplacement évoquent d'avantage la musique ou le ballet que le film de combat. Ne parle-t-on d'ailleurs pas de combat concernant Bruce Lee et de chorégraphie pour Chan? Ces moment suspendent le temps et la reflexion et Jackie se pose alors en héritier de l'âge d'or des comédies musicales américaines, rien que ça!

Milieu des années 70, le monde et Hong Kong en particulier pleure la mort du Petit Dragon en 73. A l'époque les producteurs et autres copycat se bousculent pour prendre sa succession. Les Bruce Le et autre Bob Lee se succèdent dans des films à la qualité discutable. Parmi les prétendants, Jackie Chan a déjà été cascadeur dans un des film de la star. Pourtant, il comprend bien vite qu'il est impossible d'imiter l'inimitable. Les cris, la violence et le style sec sont sa marque de fabrique pour toujours. Il va alors tenter autre chose ; Jackie Chan a mal, il se cogne, il grimace, se recogne, se rattrape, retombe, brise les éclats de verres et s'enfuit souvent en courant. Ce faisant, il va inventer le kung fu comedy.

Jackie, c'est un mélange de Charlie Chaplin, Buster Keaton, Gene Kelly ( Chantons sous la pluie) le tout passé à la moulinette de l'opéra de Pékin où il a été formé pendant 10 ans aux arts martiaux et aux arts de la scène chinois. Mais c'est aussi une formidable générosité à l'égard des spectateurs. Multiples fractures, déchirures et foulures se succèdent au cours de 25 ans de carrière éreintante. Quel autre acteur au cachet à 7 chiffres peut se targuer d'être refusé par les assureurs de cinéma? Police Story, Le marin des mers de chine, Armour of God etc... autant de chef d'oeuvre où il se donne à 200% sans doublures ni effets spéciaux ; mais sans jamais oublier le cinéma derrière. Dans Dans le Bronx, la star se blesse à la cheville au milieu du tournage. Cela ne le stoppera pas et équipé d'un plâtre greffé d'une basket taille 52, il effectuera lui même les dernières cascades restantes et dirigera le reste du film en fauteuil roulant. Dans la scène de l'horloge du Marin des mers de Chine (où l'on retrouve son compagnon d'étude Sammo Hung) il tombe du haut d'un immeuble sans aucune protection en se protégeant uniquement à l'aide de baches successives. Le top 10 des cascades de Jackie pourrait se confondre avec le top 10 des cascades depuis l'invention du cinématographe.  Et ce n'est jamais de l'esbroufe tant l'ensemble de la démarche est inscrite dans un projet esthétique global. Dans Police Story, j'ai encore en mémoire cette superbe scène où il jongle avec plusieurs téléphones et parvient à rendre poétique le débordement d'appel dans un poste de police. J'ai par ailleurs retrouvé une des scènes les plus emblématiques où l'hommage n'est même plus caché. Il s'agit d'une chorégraphie dans Shanghai Knight (Shanghai Kid 2 en français) Appréciez!



 A bientôt 60 ans, Jackie Chan est fatigué. Las de ce personnage de clown martial qu'il s'est construit en 30 ans de carrière. A l'entendre en interview, il aimerait laisser sa trace dans l'histoire du Cinéma, un petit nom en bas de page, aux côtés de Bruce Lee ou Marilyn Monroe. Il a l'orgueil et l'humilité des plus grands, incapable de voir ses limites, mais aussi atténuant ses accomplissements passés. Il se rêve le De Niro asiatique, sans comprendre qu'en étant fidèle à ses principes, il le surclasse selon moi au panthéon de l'Art.

Qui seront les nouveaux Jackie Chan? A l'heure où le cinéma engrange des bénéfices si importants qu'il est impensable d'imaginer le bricolage du Hong Kong des années 80, un renouveau des films d'actions à l'ancienne semble impossible. Tony Jaa lui doit beaucoup mais ses films sont bien trop faibles au niveau de la mise en scène et beaucoup trop violents. Dans un autre genre, les adeptes du Parkour sont évidemment les fils spirituels de la Jackie Chan Stunt Team. Le Kung Fu comedy a laissé sa trace dans l'histoire du cinéma, mais il ne renaîtra probablement jamais après la retraite de son fondateur. Et après tout, c'est tant mieux!

Woody Allen, Charlie Chaplin, Buster Keaton, Bruce Lee, ils se comptent sur les doigts d'une main les créateurs à avoir créé un genre qui  disparaîtra à leur mort. Jackie Chan en fait partie, assurément.

En épilogue, une jolie interview pleine de sagesse du maître, et il chante bien!


vendredi 13 avril 2012

Titanic 3D


Il est des films dont le succès public est tel, que l’engouement est si important qu’on en oublie leurs qualités premières. Titanic est de ceux là. Par pur snobisme et face au raz de marée planétaire que le film avait provoqué en 98, il semblait parfois de bon ton de critiquer le film. Trop manichéen, trop prévisible, mauvais acteurs. Moi même, ayant adoré le film lors de sa sortie ( je ne l’ai vu qu’une fois néanmoins contrairement à beaucoup) j’avais relativisé sa portée. Mal m’en a pris.

J’ai revu hier le métrage, et je me suis pris une claque monumentale. Titanic n’est pas un bon ou un mauvais film, c’est un jalon dans l’histoire du cinéma, au même titre que le Dictateur de Chaplin, Laurence d’Arabie et les Kubrick. D’immenses succès populaires auquel le temps aura donné le statut de culte.

Deux des meilleurs acteurs des années 2000
Il semble inimaginable aujourd’hui d’imaginer Kate et Rose dans la peau d’autres acteurs que Di Caprio et Winslet. Et 15 ans après, je partage la haine de millions de fans après la non-nomination du couple aux Oscars. Ce sont d’ailleurs devenus heureusement des comédiens parmi les meilleurs de leur génération.

Mais en réalité, il y a un point qui me rend Titanic si exceptionnel. L’intelligence et le culot de Cameron. L’intelligence d’un cinéaste se mesure à sa façon de gérer ses moyens. Car c’est de là qu’on remarque la cohésion et cohérence d’un projet. Là où tellement d’autres auraient profité d’un budget pharaonique (Titanic reste le film le plus cher de l’histoire après Avatar justement) pour nous en mettre plein la vue et multiplier les actes de bravour, Cameron fait un pied de nez aux studios en se focalisant essentiellement sur l’histoire d’amour. Ce qui je me souviens n’avait pas manqué de provoquer l’ire de nombreux beaufs déçus par un énième film catastrophe qui n’arriva jamais. Et qu’est ce que c’est bon…Chaque geste, chaque parole compte. Il y a un véritable ballet des corps, du répondant, des rires des larmes, il y a tout. L’ensemble est magnifié par la caméra de Cameron et le décor gigantesque.

Il semble bien que le film possède trois niveaux de lecture qui en réalité ne sont là que pour raisonner inconsciemment dans l’esprit du spectateur.
La structure du bateau, entre four intérieur puis superficialité progressive à mesure que l’on s’éloigne de la salle des machines. Ce n’est pas un hasard si Rose va chercher Jack dans les tréfonds du navire, il semble que c’est aussi son âme qu’elle va sauver en le libérant des menottes.
Structure de la société également en écho au bateau. Les différentes classes se mélangent dans un lieu fermé et l’ensemble volera en éclat au moment du naufrage.
Et enfin bouillonnement intérieur de Rose. On sent en elle un tempérament de feu qui est prisonnier sous le corset de la classe dirigeante du XIXème siècle.

Ces trois niveaux se télescopent pendant le naufrage. Encore une fois, saluons le talent de Cameron dont l’appareil scénaristique, matériel et son élégance folle caméra à la main ne sert qu’à raconter l’histoire de personnages et SURTOUT pas l’inverse. A ce propos, contrairement à Avatar, chaque personnage est développé et attachant. Depuis les héros jusqu’au musiciens ou compagnons de Jack 3ème classe. Chacun d’entre eux est doté de vie propre.

Parlons enfin de la 3D, il faut savoir qu’en réalité, Cameron pense sa mise en scène en 3 dimensions. C’est à dire que le film original possède déjà les effets de perspective. Le cinéaste travaille constamment sur les lignes de fuites pour suggérer, amplifier sa mise en scène. L’ajout de la 3D est donc parfaitement naturelle et s’oublie justement au cours de la projection. Ce qui fait dire à beaucoup qu’elle est inutile alors que c’est justement sa discrétion qui impose le respect. Il n’est rien de pire qu’une immersion en relief intrusive qui nous fait sortir des personnages. Et contrairement à ce que pense la majorité, c’est avant tout dans les séquences intimistes qu’elle révèle son vrai potentiel. Dans ses moments où le visage des acteurs apparaît en gros plan, la possibilité de les détacher de l’arrière plan nous renvoie en réalité d’avantage au théâtre qu’au cinéma.

Titanic est un film gigantesque et son titre pourrait être une mise en abime du film lui même. Il possède de multiples niveaux de lectures, sociaux, écologiques, technologiques, des effets spéciaux géniaux, un usage du relief maîtrisé à la perfection, il n’a pas pris une ride. Mais au bout du compte seule compte l’émotion d’une vieille femme qui au bout de sa vie peut enfin rejoindre l’homme qu’elle aime.

Merci James Cameron.