jeudi 20 septembre 2012

Ame et Yuki, les enfants-loup

Je vous invite fortement à ne pas lire ce texte si vous n'avez pas vu le film et à y aller immédiatement. Si vous n'êtes pas sur d'y aller, alors lisez le en espérant que cela puisse vous convaincre.



Alors que Miyazaki et Takahata deviennent vieillissant et que Goro est bien parti pour ne jamais se démarquer de l'ombre de son père en singeant son travail au cours des années...Que Satoshi Kon est malheureusement décédé, ou que Mamoru Oshi et Otomo se font discrets par chez nous (et accessoirement que leur univers cyberpunk est tout de même assez éloigné des premiers cités), on commençait à croire l'âge d'or de l'animation japonaise révolue. C'était sans compter l'arrivée de Mamoru Hosoda, réalisateur entre autres de dessins animés Digimon et qui a aussi travaillé sur Dragon Ball (comme quoi!), Ame et Yuki les enfants-loups est le premier long métrage du studio qu'il vient de créer. Le succés lui permet d'envisager sérieusement de poster au titre de nouveau maître de l'animation japonaise, voire du cinéma tout court.

Si l'on pouvait mesurer la valeur d'un film par la somme de ses qualités, on pourrait parler de la musique, tour à tour minimaliste et imposante. Qui accompagne parfois l'action dans des séquences physiques complètement ébouriffantes.

Du scénario, merveille de délicatesse, où l'argument fantastique n'est pas sur-exploité à coup de dramatisation excessive sur le droit à la différence. Le film m'a fait pensé à Totoro, dans la mesure où il n'y a pas de méchants, pas d'action, juste l'évolution de personnages pendant 13 ans de leur vie. Si Hosoda magnifie ses personnages, il y a une sorte de magie dans sa propension à magnifier l'absence tout autant que la présence. Le personnage du père est véritablement présent dans nos coeurs tout le long du métrage et je ne sais pas comme s'y prend le réalisateur pour cela.  

Peut être par la mise en scène, les nombreux plans où Hana époussette avec délicatesse la commode où est posée la photo de son amour perdu. J'ai rarement été aussi impressionné par la mise en scène dans un dessin animé. Le réalisateur, joue des profondeurs de champs, de la vitesse, des changement de plan pour une même scène ou de l'arrivée ou de la sortie du cadre pour raconter par l'image plutôt que par les mots.

Très peu de critiques parlent des acteurs, je voulais aussi rendre hommage au talent d'Aoi Miyazaki (rien à voir avec le studio Ghibli) qui joue une mère courage comme rarement le cinéma en a connu mais surtout de Momoka Ohno qui incarne une Yuki ahurissante d'énergie et de bonne humeur. Vous êtes prévenus, essayez de voir le film en VO.

Mais au fond, là n'est pas l'essentiel, car si le film fonctionne si bien, c'est d'abord parce que le réalisateur a une infinie tendresse et respect pour ses personnages. Personnages qu'il laisse vivre, qu'il ne brusque pas, tant et si bien que cette famille devient peu à peu la notre. Et au fond, les quelques défaut du métrage que sont peut être une musique un peu envahissante au début et une voix off parfois maladroite deviennent presque nécessaire, dans la mesure où ils évitent à l'ensemble de se transformer en parangon de perfection nécessairement moins attachant. 

Peut être n'ai je pas le recul nécessaire et m'enflamme-je un poil. J'ai également conscience que le ressenti est une notion très particulière qui dépend non seulement de l'objet mais aussi de l'expérimentateur. Mes camarades de séance étaient néanmoins tout comme moi, envoutés à la fin de la projection, et nous avons bien mis dix minutes avant de prononcer nos premiers mots.

Comment définir la qualité d'un film? Le mauvais serait celui où l'on voit les ficelles, nous empêchant de pénétrer le monde offert par la pellicule ; le très bon film est justement celui où la technique s'efface pour parler à l'imaginaire, l'intellect, ou l'émotion du spectateur ; le chef d'oeuvre, c'est les deux. Les films de Kubrick ou de Wong Kar Wai réussissent à nous transporter tout en nous mystifiant sans cesse par leur perfection formelle ou musicale, par l'esthétique de leurs plans et la prouesse de leurs acteurs. Un chef d'oeuvre, c'est comme un baiser, ce moment où le temps semble suspendu et où en même temps, chaque instant est amplifié à l'infini ; on ne l'oublie jamais.




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