vendredi 15 juin 2012

Margin Call

Où je parle de l'excellent Margin Call, film sur la chute d'une banque d'investissement au casting prestigieux (Kevin Spacey, Demi Moore, Zachary Quinto et Jeremy Irons...entre autres). L'article ne vous gâchera pas la vision du film, donc si il peut vous convaincre, c'est tant mieux!

Margin Call, en Français, appel de marge. C’est le signal envoyé par le broker au trader dont les pertes potentielles excèdent de trop ses fonds propres. Le titre du film donne le ton, le film n’est pas forcément accessible aux non initiés et la plupart des spectateurs resteront malheureusement sur le carreau. Il y a d’ailleurs eu quelques sortants à la séance à laquelle nous assistions…

C’est bien dommage car on se trouve sans doute face au meilleur film de fiction sur la finance de marché. Il semblait impossible de rendre compte de ce monde d’une incroyable tension et violence sans faire appel aux mythes. Dans Wall Street, c’est de Faust dont il s’agit, le jeune Charlie Sheen conclue un pacte avec l’impitoyable Gordon Gekko. Trader avec Ewan Mc Gregor convoque plutôt Icare, sempiternel schéma d’une ascension trop brutale et rapide pour ne pas aboutir à la chute. Ces films avaient en communs deux points, faire appel à l’image du trader-qui raisonne immédiatement dans l’inconscient collectif- et compenser la sobriété d’un monde fermé par une débauche de mise en scène un brin tape à oeil (mais bon ça reste Oliver Stone !).

De quoi ça parle ? Un jeune analyste en risque découvre que son floor tient des positions beaucoup trop volatiles depuis une quinzaine de jours. En gros, elle a investit dans des actifs toxiques dont il faut se débarrasser au plus vite au risque de faire tomber la banque tout entière. Le film fait le récit d’une nuit, où seront tour à tour convoqués les cadres de la compagnie, jusqu’à un truculent Jeremy Irons, avatar à peine surjoué de Dick Fuld, l’ex PDG de Lehman.

Le film décrit des scénettes à 2-3 personnages. Il ne comporte aucune musique, fait assez rare pour être souligné et faire la part belle aux dialogues et à leurs interprètes. Le casting est prodigieux, mais se veut une mise en abîme du film lui même. Il rassemble à la fois des figures du cinéma un peu has-been (Demi Moore, sexy et tragique à la fois ; Kevin Spacey avec quelques kilos en trop ; Jeremy Irons, ridé) dont la carrière fait écho à celle de leur personnage qui se retrouvent un peu au crépuscule d’un monde. Et de l’autre des acteurs de télévision tel le Mentaliste  de la série éponyme ou Sylar d’Heroes extrêmement prometteurs mais semblant avoir les épaules trop frêles pour la tâche qui leur incombe. D’ailleurs impossible de me souvenir de leurs noms.

Si la mise en scène est discrète, elle n’en est pas moins présente. Les jeux d’ombres et de lumières (très beaux clairs obscurs) mettent en valeur les personnages et rapports de force. C’est aussi l’usage des décors, la voiture de Paul Bettany traverse un pont, édifice public par excellence, lorsqu’il évoque les liens entre la finance et la vraie vie. Une maison en pierre pour les regrets de l’ingénieur, ou encore la tour, véritable château fort, dont chaque étage amène un nouveau boss. Comme dans les jeux vidéos, le bad guy final arrivera par les airs.

J’ai commencé à l’évoquer, mais le film permet ainsi le tour de force d’évoquer la quasi-majorité des problématiques de la finance actuelle. Ces personnes ne sont pas des demi-dieux, juste des hommes. Et aucun d’entre eux, même les plus terre à terre ne peuvent refuser les sommes qu’on leur propose. Non pas par pur ensorcellement tel des conquistadors aveuglés par la lumière de l’or. Non. Ce sont des gens qui ont achetés une très belle maison, qui doivent marier leur fille, payer les études du petit dernier. Et une fois un certain niveau de vie atteint, on ne peut plus faire marche arrière. Même le jeune analyste qui semble le plus sain de tous l’explique : « les équations liés aux variations des actifs sont les même que ceux des trajectoires balistiques, mais sauf votre respect, elles rapportent beaucoup plus ». Ce n’est qu’un des nombreux thèmes incarnés par les personnages. Citons en vrac, l’implication dans le monde réél, la violence des licenciements, l’incompréhension croissante des produits complexe à mesure qu’on avance dans la hiérarchie, le spleen de la virtualité etc… Et pour une fois, les traders ne sont pas mis à l’honneur, ou plutôt ce seront eux les petites fourmis anonymes qui déboucleront les positions risquées, pour le meilleur…ou le pire.

Que dire d’autre (et j’en ai déjà dit beaucoup) si ce n’est, armez vous de courage si vous êtes néophyte, et allez le voir ! Le film peut très bien se regarder en plusieurs fois, en sectionnant chaque dialogue pour le comprendre à fond, bénit soit l’utilisation du chapitrage en DVD.

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